On estime entre 11 000 et 23 000 le nombre de nouveaux cas de cancers en France chaque année pouvant être liés à une activité professionnelle, c’est-à-dire en lien avec une exposition à des agents cancérogènes dans le cadre du travail.
Les cancers d’origine professionnelle peuvent toucher des personnes en activité, mais ils apparaissent souvent une fois que la personne est à la retraite. En effet, la période entre l’exposition au risque et l’apparition du cancer est souvent longue (plusieurs dizaines d’années après l’arrêt de l’activité exposant aux risques).

Le cancer comme maladie professionnelle

Qu’est-ce qu’une maladie professionnelle ?

En France, une maladie est qualifiée de professionnelle si elle est la conséquence directe de l’exposition d’un travailleur à un risque physique, chimique, biologique, ou si elle résulte des conditions dans lesquelles il exerce son activité professionnelle (Code de la Sécurité Sociale, article L. 461-1).

Expositions professionnelles et cancer du rein :

Le rôle joué par les expositions professionnelles dans l'étiologie du cancer du rein n'est pas clairement établi.

  • L’exposition professionnelle au trichloroéthylène est suspectée depuis de nombreuses années d’être un facteur de risque de cancer du rein. Il s’agit d’un solvant très utilisé dans le dégraissage des métaux et comme additif chimique. Il est classé cancérogène avéré pour l’homme par le CIRC (1995).
  • D’autres substances présentes en milieu professionnel sont suspectées d’être des facteurs de risque de cancer du rein : le cadmium, l’arsenic (cancérogènes avérés pour d’autres localisations de cancer), les procédés d’imprimerie, les dérivés pétroliers, les fluides de coupes, les huiles pétrolières, l’amiante, etc.

Pour la majorité des cas, il ne s'agit que de suspicions qui n'ont pas encore pu être prouvées scientifiquement car il est souvent difficile techniquement de le démontrer.

Source : http://www.cancer-environnement.fr/353-Rein.ce.aspx 


A l'occasion de la semaine de l'Urologie (du 23 au 29 septembre 2013), l'Association Française d'Urologie (AFU) a présenté un dossier de presse intitulé "Prévention des cancers urologiques : Agir en amont du cancer et prévenir son évolution". Les pages 14 à 17 de ce dossier de presse sont consacrées aux facteurs de risque du carcinome à cellules rénales.

http://www.urofrance.org/lurologie-grandpublic/actions-dinformation/semaine-urologie/semaine-urologie-2013.html

Nous reprenons ici la page 15 qui concerne les expositions chimiques :

L’exposition professionnelle au trichloroéthylène :

L’exposition au trichloroéthylène est suspectée depuis de nombreuses années d’être un facteur de risque de cancer du rein 32,33. Le trichloroéthylène est solvant chloré utilisé principalement pour le dégraissage et le nettoyage des métaux. Il est aussi utilisé dans l’industrie du caoutchouc, des produits d’entretien, des peintures et vernis... Il a même été utilisé comme anesthésiant sous le nom de Trilène dans la première moitié du XXème siècle.

Le trichloroéthylène est un cancérogène avéré pour l’homme pour le cancer du rein. Des risques de cancer du foie et de lymphome non-Hodgkinien sont suspectés d’être associés à une exposition au trichloroéthylène, mais les données scientifiques sont actuellement insuffisantes pour conclure. L’inhalation est la principale voie d’exposition au trichloroéthylène. Pour la population générale, c’est l’air des espaces clos qui constitue la première source d’exposition (émissions intérieures et transfert de la pollution extérieure).

Des études épidémiologiques récentes en milieu professionnel tendent à confirmer de manière convergente l’augmentation du risque de cancer du rein avec l’augmentation de l’exposition au trichloroéthylène. Cette tendance à l’augmentation du risque a été confirmée dans une méta-analyse récente34.

Les autres substances chimiques incriminées :

D’autres substances présentes en milieu professionnel sont suspectées d’être des facteurs de risque de cancer du rein : le cadmium, l’arsenic (cancérogènes avérés pour d’autres localisations de cancer), les procédés d’imprimerie, les dérivés pétroliers, les fluides de coupes (utilisés dans l’usinage avec des outils coupants ou abrasifs), autres huiles pétrolières, oxygénés, solvants, l’amiante, fumée de soudage, etc.

Des données complémentaires sont cependant nécessaires pour conclure à une association entre une exposition à ces substances et le risque de cancer du rein.

Quelques études suggèrent un excès de risque de cancers du rein dans le secteur de l’imprimerie, mais les résultats sont souvent non significatifs statistiquement. En effet, si les procédés d’imprimerie sont classés cancérogènes possibles par le CIRC (1996, volume 65), les preuves en faveur d’une association avec le risque de cancer du rein ne sont pas suffisantes : les procédés d’imprimerie sont classés cancérogènes possibles par le CIRC (1996, volume 65).


De fait, aujourd’hui, en France, il n’existe à ce jour pas de tableau de maladies professionnelles en lien avec le cancer du rein. Cependant, pour diminuer l’exposition aux substances mutagènes, l’Institut National publie une liste des substances carcinogènes dans son ouvrage Hygiène et sécurité au travail35 (2005) ainsi qu’un livret sur la prévention des expositions par le remplacement des substances toxiques quand cela est possible : Agir aujourd’hui pour éviter les cancers professionnels de demain36 (2012).


Article paru dans le bulletin de l'ANDEVA en janvier 2015, Dr Privet, médecin expert et juriste : "Le cancer du rein peut être d'origine professionnelle":

BULLETIN de l'ANDEVA (Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante) , n°45, janvier2015

Cliquez sur les images pour lire le texte. Pour télécharger le bulletin complet, cliquez ici ou aller sur le site http://andeva.fr/

Extraits :

Comment faire reconnaître un cancer du rein ?

Le cancer du rein n’est pas mentionné dans les tableaux des maladies professionnelles, alors qu’il devrait l’être au moins pour l’exposition au trichloréthylène. Il convient donc de faire une démarche dans le système complémentaire, en soumettant le dossier au CrrMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles),. Pour une maladie hors tableau, il n’y a pas de reconnaissance si le taux d’IPP prévisible est inférieur à 25 %.

Si l’exposition au trichlo est l’exposition principale à faire valoir avec des preuves solides, il ne faut pas négliger les autres facteurs de risque professionnels, en insistant sur le fait que dans le cadre d’une multiexposition, les effets des différents toxiques s’additionnent et peuvent même se multiplier.

Un certain nombre de cancers du rein ont déjà été reconnus par le système complémentaire. Le niveau d’indemnisation est plus aléatoire car le cancer du rein n’est pas prévu dans les barèmes des accidents du travail et des maladies professionnelles et qu’on ne saurait réduire les conséquences de ce cancer à une simple néphrectomie, suite à un accident du travail.

L’indemnisation d’un cancer du rein devrait s’aligner par analogie sur celle d’un cancer du poumon ou d’une leucémie, dont le taux plancher est de 67 %. L.P.

Le Tribunal des affaires de la Sécurité sociale (TASS) de Metz a reconnu la faute inexcusable de l’employeur pour un cancer du rein d’un salarié ayant travaillé dans le secteur des chemins de fer des Charbonnages de France. Marcel Nicolaus, le président de l’ADEVAT-MP de Saint Avold, qui défend ce dossier depuis 2008, souligne l’importance de cette gagnée de haute lutte : « Il a d’abord fallu démontrer l’origine professionnelle de ce cancer (les produits utilisés dans l’entreprise). Puis il a fallu contester le taux d’IPP attribué par le service médical (5% pour un cancer !) d’abord devant le tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI) qui a accordé un taux de 30%, puis devant la Cour nationale de l’incapacité (CNITAAT) qui a confirmé les 30%. Puis il a fallu faire reconnaître la faute inexcusable de l’employeur. Six ans pour en arriver là... de tels délais sont révélateurs des difficultés pour faire reconnaître et indemniser les cancers professionnels. Un véritable parcours du combattant. » A.B.

Le 5 décembre 2014, le TASS de Nantes a reconnu l’origine professionnelle de la maladie d’un docker décédé à 56 ans d’un cancer du rein et de la thyroïde. Il a estimé que la multi-exposition aux poussières et à des produits toxiques et cancérogènes chargés et déchargés dans le port de Nantes « a eu un rôle causal direct et essentiel dans la survenance de ses pathologies». Une première dans la profession. Le dossier était défendu par l’Association pour la protection de la santé au travail des métiers portuaires. A.B.


Reconnaissance en maladie professionnelle :

En France, il n’existe à ce jour pas de tableau de maladies professionnelles en lien avec le cancer du rein. Lorsqu’il n’existe pas de tableau pour une pathologie qui semble être d’origine professionnelle et qui entraîne une IPP (Incapacité permanente partielle) de 25%, c’est le CRRMP qui statue pour reconnaître ou non la pathologie comme étant d’origine professionnelle. L'avis du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), composé d'experts médicaux (le médecin conseil de la caisse de sécurité sociale, le médecin inspecteur du travail et un médecin praticien hospitalier spécialisé dans la pathologie concernée), s'impose à la caisse d'Assurance Maladie. Ce système complémentaire permet la réparation de certains cancers en dehors du système des tableaux. La présomption d'origine disparaît et par conséquent la preuve du lien entre la pathologie et le travail devra être apportée.

Voir cet article sur le site La Santé au Travail Atousante.com : Maladies professionnelles : les CRRMP rendent des décisions irrégulières depuis le 1er octobre 2012 !

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Dernière mise à jour le 12 juin 2015

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